La migration a de tout temps été un sujet d’inspiration
pour les créateurs du 7ème art. De Chaplin à Kazan et de Chahine
à Perezcano, nombreux sont les réalisateurs qui ont abordé dans
leur œuvre le thème du déplacement à travers les frontières et l'espoir
d'une vie meilleure qu'il suscite. Partant parfois de leur expérience
personnelle, le plus souvent dans des circonstances assez pénibles,
ces cinéastes ont laissé à la postérité des témoignages criants
de vérité sur les affres du déracinement voulu ou subi par des millions
de gens à travers le monde. Le cinéma de la migration n'a cependant
pas uniquement une valeur testimoniale. Avec l’évolution du mouvement
migratoire et l’émergence d’une certaine conscience collective chez
les communautés expatriées, ce genre est sorti de son cadre anecdotique
ou documentaire pour investir des champs plus vastes encore. De
plus en plus militant et revendicatif, il est devenu le porte-parole
d'une cause qui s'appuie sur la puissance du cinéma - média parmi
les plus expressifs et les influents - pour tenter de modeler ou
remodeler les opinions dans leur manière de percevoir le phénomène
migratoire. En temps de crise, comme celui que nous vivons actuellement,
qui voit augmenter les souffrances des migrants et s’exacerber leur
mal-vivre sur des terres qui ne cessent de devenir inhospitalières
à leur égard, le cinéma peut leur apporter un soutien inespéré en
aidant les gens à prendre conscience de leur vulnérabilité et de
la précarité de leur condition. Cette dimension n'a sûrement pas
échappé aux organisateurs de la 7ème édition du Festival Cinéma
et migration d’Agadir. Nous partageons avec eux l’idée que le cinéma
a son utilité - à l’heure où se verrouillent les frontières et se
durcissent les positions xénophobes - pour faire évoluer, positivement,
le regard de l’humanité sur ce phénomène vieux comme le monde.
Mohammed AMEUR
Ministre délégué auprès du Premier Ministre
chargé de la communauté marocaine résidant
à l’étranger